L’art d’écouter

"Ecoute" de Henri de Miller

« Ecoute » de Henri de Miller

Dans la communication, j’ai remarqué que le plus difficile n’est pas d’exprimer – même si cela peut être très difficile – , mais d’écouter.

Être écouté et entendu est un besoin important. Or peu de gens savent vraiment écouter.

Ecouter est un art. Et cela commence par soi-même.

Savez-vous vous écouter?

S’écouter soi-même

Je me souviens d’avoir entendu « tu t’écoutes trop », dans mon enfance. Ce message ne m’était pas nécessairement adressé à moi, mais j’ai enregistré inconsciemment que s’écouter, c’était mal. C’était une idée en lien avec la croyance que penser à soi c’est mal, et que faire passer les autres avant soi, c’est bien.

OK. Et quels résultats a donné cette croyance très répandue? Des personnes altruistes et épanouies? Ce n’est pas ce que j’ai observé. J’ai au contraire observé beaucoup de souffrances, qui se traduisent par de la violence. La violence revêt diverses formes, et elle est souvent très subtile et communément admise. Je considère que ne pas s’écouter est déjà une forme de violence. Et qu’il n’est pas possible de « trop » s’écouter.

Le processus de la Communication Non-Violente, tel que proposé par Marshall Rosenberg, nous invite à observer:

  1. – quelle est la situation extérieure (qu’est-ce qui est?)
  2. – quelle est la situation intérieure (comment je me sens?)
  3. – quel est le besoin derrière le ressenti
  4. – quelle demande je pourrais faire pour répondre à ce besoin

Le processus peut avoir l’air simple, mais il peut être très difficile, surtout quand on débute.

Et c’est là que l’on se rend compte que l’on ne sait pas forcément écouter. Si j’écoute ce qui se passe en moi, qu’est-ce que j’entends? Et souvent on s’aperçoit que le vocabulaire nous manque. Nous avons beaucoup de vocabulaire pour porter des jugements, mais très peu pour observer ce qui est, simplement. Faites le test: quand on vous demande « comment tu te sens? », que répondez-vous? « Bien! » ? « Fatigué(e) »? « On fait aller… »?

Avez-vous déjà utilisé des termes tels que « apaisé(e) », « rasséréné(e) » ou « exalté(e) »? La gamme de ressentis est très vaste, et il existe des mots pour les exprimer. Élargir son vocabulaire, c’est déjà faire un pas vers plus de bien-être et moins de violence.

Plus on est au clair avec ce que l’on ressent, plus on peut identifier ce dont on a besoin. Et savoir identifier nos besoins est fondamental pour pouvoir prendre soin de soi. La plupart du temps, nous sommes submergés par des émotions qui nous font peur, soit que l’on réprime, soit qui explosent, et nous ne maîtrisons pas du tout nos comportements. Nous réagissons au lieu d’agir librement.

Si je suis capable d’écouter ce qui est vivant en moi, les sensations, les ressentis, les émotions, et de les relier aux besoins associés, je deviens capable d’agir de façon appropriée et satisfaisante. En devenant capable de répondre de manière adaptée à ces situations, je deviens tout simplement responsable (response – able).

Ecouter l’autre

C’est une fois que l’on est capable de s’écouter soi-même que l’on devient capable d’écouter l’autre. Mais il y a encore du chemin. Car pour écouter l’autre, il faut devenir un espace d’accueil. Il ne s’agit pas de se couper de nos propres ressentis, pensées et besoins, mais de les mettre à côté de soi pour laisser l’espace central libre.

Cela implique d’être conscient de ce qui se passe pour soi-même, en arrière-plan, tout en se mettant à la place de celui qui nous parle, à l’avant-plan.

Se mettre à la place de l’autre tout en restant à notre place. Car même si je peux imaginer ce que vit l’autre, je ne suis pas l’autre, et je ne peux donc pas savoir réellement ce qu’il vit.

C’est un écueil fréquent lorsqu’on écoute quelqu’un que de lui donner des conseils, alors qu’ils n’ont pas été sollicités. On s’imagine souvent à tort que si l’autre nous parle, c’est qu’il a un problème à résoudre, et qu’il attend de nous des solutions. Mon expérience personnelle aussi bien que professionnelle m’a montré que c’est faux. Je dirais même que 99% du temps, la personne qui nous parle n’attend pas de nous des solutions, mais simplement une vraie écoute. Une écoute de qualité. Une présence bienveillante et silencieuse qui accueille ce que l’autre vit, et qui lui permette de s’entendre lui-même.

C’est précisément cette écoute, cette qualité de présence qui est si précieuse, car elle autorise l’autre à être totalement, à goûter pleinement ce qu’il vit intérieurement. Lorsque l’on a goûté au délice de cette qualité d’écoute, une paix profonde s’installe immédiatement. C’est comme si on nous avait donné l’autorisation d’être simplement et complètement ce que nous sommes. Plus de peur d’être jugé ni conseillé. Juste la tranquillité de sentir qu’on a l’espace, qu’on a la place toute entière pour être et s’exprimer.

Parfois, cela suffit. Parfois, nous avons besoin d’un « accusé de réception » pour nous sentir entendu et compris. Et dans ce cas, la personne qui écoute peut simplement reprendre ou reformuler ce qui a été dit, le plus fidèlement possible. Encore une fois, cela peut sembler simple, mais ce n’est pas nécessairement facile. Essayez d’écouter quelqu’un parler pendant cinq minutes puis de répéter ou de reformuler et vous verrez!

J’ai aussi remarqué que lorsque nous entendons quelque chose, nous croyons systématiquement que nous avons compris. Encore un écueil douloureux, car nombre de disputes viennent de quiproquos! Nous croyons que nous parlons de la même chose, alors que non. Une astuce simple et puissante pour une communication sereine:

  1. – garder à l’esprit que chacun a sa définition propre des mots et une vision du monde unique
  2. – lorsque l’on sent que ce que dit la personne nous agace, lui demander calmement « qu’est-ce que tu entends par (« le mot ou la phrase qu’elle vient de dire »)? »

Chaque fois que j’ai posé cette question, je me suis rendu compte que je n’avais pas la même définition que la personne, et qu’il n’y avait aucun motif de désaccord. Et là encore il y a un écueil possible à l’écoute: vouloir avoir raison. Vouloir avoir raison ou être heureux, il faut choisir!

Et c’est là qu’il est bon de se poser la question (à soi-même et à l’autre) lorsque la conversation s’envenime: quelle est mon intention?

Annoncer clairement notre intention quand on parle à quelqu’un lui permet de se relier à nous, de se connecter de cœur à cœur. Si l’intention est claire, le reste sera plus fluide, car elle permet une coopération. Or, dans une relation, je ne vois que deux possibilités: la confrontation ou la coopération. Pour pouvoir écouter, je dois vouloir coopérer.

Je vous souhaite de goûter les délice d’une véritable écoute, écoute de soi, écoute de l’autre, car elle procure une telle sensation d’aisance, de paix et d’harmonie! Alors, bonne écoute!

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1 commentaire

  1. Hello, Lucile !
    C’est en effet tout l’art de la communication (cum = avec). Avec Soi. Avec l’Autre. Et le début d’une brèche dans l’enfermement du mental, pour descendre vers le coeur. Merci à toi de nous avoir replongés dedans !

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