Au-delà du pardon, l’empathie: une voie de guérison

Dans ma recherche du sens de la vie et de ma nature profonde, j’ai souvent rencontré la notion du pardon. Beaucoup d’auteurs célèbres, dont les œuvres m’ont nourrie, insistaient sur le fait qu’il n’y a pas de guérison possible sans pardon. Je pense par exemple à Deepak Choprah, et à Louise L. Hay (une grande référence pour moi, et je me suis formée à sa méthode « Heal Your Life »). J’ai fait mon expérience du pardon…

L’apologie du pardon

Voici ce qu’écrit Louise Hay dans son best-seller « Transformez Votre Vie »:

« En nous pardonnant, ainsi qu’aux autres, nous nous libérons du passé. Le Cours en miracles répète constamment que le pardon est pratiquement la réponse à toute chose. Je sais que lorsque nous sommes bloqués, cela signifie qu’il y a encore à pardonner. Si nous ne sommes pas libres dans le moment présent, c’est que nous nous accrochons au passé: un regret, une tristesse, une blessure, de la peur ou de la culpabilité, de la colère, un reproche, de la rancœur, et parfois même un désir de vengeance. Chacun de ces états découle d’un refus de pardonner, de se libérer et de vivre entièrement le présent. L’amour est toujours la solution pour toute forme de guérison. Et le chemin qui mène à l’amour est le pardon. »

Elle dit aussi que pour pardonner, il n’y a rien à savoir, il suffit de vouloir.

J’ai lu un ouvrage qui m’a bouleversée: Le Don du Pardon, un cadeau toltèque de Don Miguel Ruiz, par Olivier Clerc. A tel point que je me suis mis en tête d’animer des cercles de pardon, persuadée de la puissance guérisseuse du pardon. Mais je ne l’ai pas fait… et heureusement… pourquoi?

Il y a un hic quelque part

Je sentais bien que cette méthode pouvait être très efficace pour certains, mais inefficace voire même destructrice pour d’autres.

A l’époque où j’ai lu ce livre d’Olivier Clerc, dès que mon compagnon manifestait un mal-être relationnel, je lui demandais pardon, dans l’espoir de lui apporter le réconfort et la reconnaissance dont il avait besoin. Le hic, c’est que ça ne marchait pas du tout. Cela n’a pas marché une seule fois, avec lui. Moi, j’étais désemparée, parce que si les rôles avaient été inversés, et que lui m’avait demandé pardon, j’en aurais éprouvé un grand soulagement! Cela montre que nous ne sommes pas tous pareils, et que nous avons parfois besoin de stratégies différentes pour répondre à nos besoins et aspirations.

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Autre exemple… après de longues années d’incompréhension et de conflit avec un membre de ma famille, forte de ma nouvelle intégration des enseignements de Louise Hay dans ma vie, j’écrivis une lettre à cette personne pour lui dire avec la plus grande bienveillance et la plus grande douceur possible que je la comprenais et que je ne lui en voulais pas, que je lui pardonnais, parce que je savais qu’elle ne m’avait jamais voulu aucun mal, au fond. En d’autres termes, dans cette lettre, je reconnaissais son innocence fondamentale, et je lui témoignais mon amour.

J’étais persuadée que nos conflits appartenaient dès lors au passé et étaient bel et bien enterrés. Sauf que… 3 ou 4 ans plus tard, un événement s’est produit entre moi et cette même personne et a fait resurgir une colère gigantesque en moi… mon beau pardon vola alors en éclats.

Moi qui m’étais toujours perçue comme un être lumineux, bienveillant, plein d’amour et de compassion… je découvris avec horreur que je n’étais pas QUE lumineuse! Non! Au fond de moi, surgi d’un lieu dont j’ignorais l’existence même, un être d’une puissance extraordinaire montrait son visage et ses émotions, d’une violence dont je ne me croyais pas capable. Je découvris que mon pardon était valable tant que je croyais que les choses avaient changé. Mais, avec cet incident, je me retrouvais dans les mêmes conditions insoutenables que j’avais enduré toute ma jeunesse. Et là, ce fut le drame! Je sentis en moi une colère d’une puissance inouïe, une rage viscérale, et même de la haine. En même temps que je me découvrais capable d’éprouver de telles choses, je sentis avec effroi que, dans des conditions où je sentais mon intégrité menacée, j’étais capable de tuer sauvagement pour me protéger.

Aussi déconcertant et difficile à vivre que cette période a été pour moi, ce fut un véritable cadeau. Je compris plusieurs choses fondamentales sur l’être humain:

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  • la paix et l’amour, tout comme la violence et la haine sont des graines présentes chez TOUS les êtres humains. Ce sont les 2 facettes de la même pièce.
  • Ne pas reconnaître « le côté obscur » en nous-même, le rejeter comme étant « le mal » et l’apanage des « méchants », est non seulement illusoire (il n’y a pas de guérison sans reconnaissance de la totalité de nos aspects) mais aussi un acte de violence: c’est se considérer comme supérieur ou meilleur que les autres, et reléguer ceux-ci au rang de « sous-humains ». C’est la porte ouverte aux pires atrocités.
  • il n’y a pas de « mauvaises » émotions. Toutes les émotions sont des messages, qui nous parlent de nos besoins, de nos aspirations et de nos valeurs profondes. Si on les accueille, qu’on les reconnait et qu’on les traduit, on accède à l’infini beauté de notre cœur d’humain.
  • Plus on met de temps à accueillir, écouter, reconnaître nos émotions dites « négatives », plus on souffre, plus il y a de chances que ça sorte avec violence, et de façon incontrôlée.

C’est ce qui s’est passé pour moi: j’avais tellement voulu être une bonne personne, un être d’amour, de pardon, de compassion, que j’avais inconsciemment refoulé toutes mes souffrances. Et le jour où un déclencheur a appuyé sur le bon bouton, c’est un geyser de souffrances enrobé de colère et de haine qui est sorti de moi.

L’empathie pour soi-même

C’est là que j’ai compris quelque chose de fondamental: quand on a une blessure, tant qu’on ne l’a pas vue, accueillie, reconnue, tant qu’on ne s’en est pas occupé avec compassion, il est vain, voire destructeur de chercher à pardonner à celui qui a déclenché la blessure.

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Marshall Rosenberg, le créateur de la Communication NonViolente, dit dans sa conférence intitulée « La maladie psychique » que si on demande à une victime de violence de comprendre et de pardonner à son agresseur, cela ne fait que générer encore plus de souffrance… tant qu’elle n’aura pas eu suffisamment d’empathie pour ce qu’elle a vécu.

De la même manière, en tant qu’enfant, j’avais été victime de maltraitance de la part de cet adulte, mais mon entourage minimisait les faits ou les justifiait en donnant des explications psychologiques: « tu sais, il a eu une enfance difficile, il faut le comprendre… ». Alors, la petite fille que j’étais est devenue une bonne psychologue pour ce parent maltraitant.

Jusqu’au jour où l’injustice de cette situation m’a sauté au visage: ce n’est pas le rôle des enfants que d’être le psychologue de leurs parents. Et surtout, j’ai pris conscience que c’était une façon de cautionner des agissements violents, alors que cela me mettait en danger!

En disant: « il faut pardonner », on génère de la violence, car on induit que c’est le devoir de la personne de dépasser sa souffrance et de comprendre son agresseur. En plus du poids de sa souffrance, elle doit porter le poids des souffrances de son agresseur. C’est aussi bancal que de demander à un boiteux de soutenir un autre boiteux!

Comprendre, oui; accepter tout, non!

Quand on souffre, avant de chercher à comprendre l’autre, on a besoin de s’accueillir soi-même, d’être reconnu dans notre souffrance. On peut le faire pour soi-même: ça s’appelle de l’auto-empathie.

Un être qui souffre a avant toute chose besoin d’empathie. Qu’est-ce que l’empathie? J’aime la définition d’Isabelle Padovani: « l’empathie, c’est la capacité à mesurer l’intensité de ce qui est vécu ».

Ce que dit Thomas d’Asembourg me parle beaucoup: « L’empathie, c’est la capacité à se relier à ce que l’autre ressent et à ce qu’il aimerait, même si on n’est pas d’accord, et sans se sentir obligé d’y souscrire ». Il ajoute: « Beaucoup de comportements de violence ou d’agressivité viennent de notre besoin d’être compris, d’être rejoint, entendu. »

J’ai fait l’expérience que lorsque l’on reçoit suffisamment d’empathie, un grand apaisement apparaît. Et le problème, lui, disparaît.

Mais le pardon est casse-figure... parce que, dans notre vision manichéenne et moralisatrice du monde, cela renvoie à l’idée qu’il y a un gentil et un méchant: c’est au gentil de pardonner le méchant. Et c’est au méchant de demander pardon. Comme je l’ai dit plus haut, voir les humains en sous-catégories est dangereux, car cela justifie les pires atrocités. Et il y a aussi l’idée que l’on doit « prendre sur soi » pour s’ouvrir à l’autre… sauf que quand on a une blessure à vif, qu’on culpabilise, prendre sur soi ne fait qu’empirer les choses.

D’autre part, si comprendre pourquoi l’autre a pu parler ou agir d’une façon violente aide la victime à se relier à son cœur, cela ne lui permet pas nécessairement d’agir pour son plus grand bien: à trop bien comprendre l’autre, on peut en venir à fermer les yeux sur des comportements qui nous nuisent. Comprendre, oui; accepter tout, non!

Girl making stop gesture

Aimer c’est savoir dire STOP. Aimer c’est être dans la justesse et dans la vérité. Ce n’est pas rendre service à quelqu’un que de fermer les yeux sur un comportement nuisible… parce que cela ne l’aide ni lui, ni nous-même à vivre en harmonie. Aimer, c’est d’abord se respecter, en posant des limites.

L’amour est la solution

Je suis d’accord avec Louise Hay quand elle dit que l’amour est la solution a toute forme de guérison. En même temps, je ressens le besoin de clarifier la chose: aimer, ce n’est pas faire comme si tout allait bien et accepter l’inacceptable. Aimer c’est d’abord s’aimer suffisamment soi-même pour s’accueillir dans tous nos aspects, surtout ceux qui nous rebutent le plus… accueillir les parts de nous qui ne sont pas reluisantes peut être difficile, mais c’est, à mon sens, le passage obligatoire pour la Guérison avec un grand G. Tant que nous créons des murs entre notre image idéale de nous-même et des aspects réels et déplaisants de nous-mêmes, nous alimentons la souffrance. La nôtre et celle des autres. Parce qu’on est tous faits pareils! Rejeter une part de soi, c’est rejeter aussi une part de l’autre. Tout comme rejeter l’autre revient également à rejeter une part de soi.

J’ai fait l’expérience que la guérison se manifeste de plus en plus profondément, au fur et à mesure qu’a lieu une reconnaissance intégrale et inconditionnelle, sans aucun jugement, de tout ce qui se vit en moi. Je constate qu’aimer, c’est se reconnaître soi-même et reconnaître l’autre dans sa véritable nature: la Vie à l’état pur, dénuée de morale et profondément innocente. C’est ce que fait l’empathie.

Si certains vivent des expériences d’Eveil fulgurant qui leurs font vivre un changement radical, pour d’autres, il s’agit d’un cheminement progressif. Et pour moi, c’est un chemin qui prend son temps, un chemin de douceur, de tendresse et d’accueil, et ça commence par moi-même, pas à pas. Et le pardon, c’est-à-dire la libération des attachements toxiques avec qui nous a fait du mal, est la conséquence naturelle de ce processus. Il n’y a rien à forcer, il n’y a pas à s’efforcer d’être quelqu’un de gentil, ou quelqu’un de bien. Ça se fait dans l’ordre des choses, parce que j’ai commencé à m’accueillir moi-même.

 

bisous-puma

Sources images: (de haut en bas) « Man kneeling and offering flowers to a woman »-blo.psychicoz.com/Sculpture « Love » by Alexander Milov/ « Guilt »-thefix.com/ « Children who say no are more likely to avoid being abducted by strangers »-uopnews.port.ac.uk/ L’empathie- choix-realite.org.

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2 commentaires

  1. Wouaaaah ! Une fois de plus, ton article tombe pilpoil au bon moment : en pleine tourmente manichéenne intérieure. Merci à toi, soleil intérieur ! Que cette nouvelle année te permette de décrocher les étoiles.

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